Qui est l'éditrice Suzie Pelletier ?

Question 1 : Vos livres de la collection « Le Pays de la Terre perdue» ont été publiés chez Véritas Québec. Pourquoi avoir choisi une maison d’édition indépendante plutôt qu’une maison agréée (subventionnée) ?

     Plusieurs éditeurs agréés ont démontré de l’intérêt pour l’idée, mais je n’ai pas apprécié leurs réponses. On voulait publier le premier tome puis attendre le résultat des ventes pour décider de la suite. Le tout en exigeant que je cède mes droits d’auteur à la signature du contrat. Je me voyais mal me présenter à une deuxième maison, l’année suivante, pour le deuxième tome en disant «je suis désolée, mais une autre maison a les droits sur le premier roman». Cette obligation de renoncer à mes droits d’auteur me laissait perplexe. J’ai refusé ces offres. 

   La publication en édition indépendante, donc à compte d'auteur, n'apporte pas cette contrainte. Je gardais mes droits d’auteurs.

     De plus, ne venant pas du milieu littéraire, j’avais besoin d’aide pour amener le livre là où je le voyais. J’ai trouvé le coaching dont j’avais besoin chez les éditeurs indépendants.

   Ça m'a bien préparée à la prochaine étape de ma carrière, l'autoédition et la création de ma propre maison, les Éditions du Défi.  

Question 2 : Vous avez souvent écrit sur l’importance de conserver vos droits d’auteurs. Pouvez-vous en dire plus ? 

     J’apprécie beaucoup l’indépendance que je conserve sur l’utilisation de mes droits d’auteurs. Certaines maisons d’édition agréées cherchent à en prendre le contrôle, y compris ceux associés à la cinématographie et les produits dérivés. Selon eux, le fait d’assumer tous les coûts de la publication sous format livre leur donne le droit d’exiger cette cession des droits, parfois à vie. Je trouve cette façon de faire abusive. Pourtant, sans l’auteur, l’éditeur n’est rien. Ça m’irrite.

   Noter que plusieurs éditeurs démontrent un grand respect des auteurs, demandant une cession de droit pour quelques années seulement. Ils limitent la cession à l'édition du livre seulement.  Je pense que l'Union des écrivaines et des écrivains du Québec (UNEQ) fait un excellent travail de promotion vis-à-vis les droits des auteurs et des autrices. 

  Ces derniers mois, le Ministère de la Culture et des communications a fait plusieurs consultations concernant la loi sur le statut de l'artiste. Nous devrions voir l'impact de ses consultations d'ici une année sur la protection des droits d'auteur et sur la place des écrivains sur la scène québécoise. 

Question 3 : Est-ce que vous refuseriez de faire publier un livre par une maison agréée ? 

     Pas du tout. La maison d’édition agréée «Les Messagers des étoiles» a publié en mai 2013 le collectif «Un bouquet de roses» qui contient l’un de mes textes. Je pense qu’il faut choisir le modèle qui convient pour l’ouvrage que l’on présente. Je dois aussi ajouter que les formules offertes par les maisons agréées et indépendantes sont fort nombreuses. Il est important de chercher celle qui convient à chacun de nos livres, à nos moyens financiers et à nos goûts. 

Ma maison d'édition me sert à publier les livres qui font partie de collections/séries. L'une d'entre elles comprendra 10 tomes, une autre, 5 livres. Placer l'avenir de ces collections dans les mains d'éditeurs qui peuvent n'importe quand en "cesser" la production ne m'enchantait pas. 

Par contre, j'ai quelques idées de livre unique qui ne seront pas dans l'une des collections proposées par les Éditions du Défi.  Pour ces textes, j'évaluerai l'avantage de les proposer à des maisons d'éditions agréées, si elles sont en meilleure position que moi de mettre en valeur ces livres particuliers. Puis, je profiterais de travailler avec d'autres professionnels du livre pour augmenter mes compétences tant en écriture qu'en édition de livre. 

Dans cette ligne de pensée, je viens de signer un contrat d'édition avec les Éditions du Tullinois pour mon roman intitulé "Alfred". Il devrait paraître au cours de 2021. 

Plusieurs écrivains s'affilient à plus d'une maison d'édition. Pourquoi pas moi ?

Question 4 : Quand on vous rencontre dans les Salons du livre, on a l’impression que vous avez un plaisir fou à raconter votre histoire et à présenter vos livres. 

     Oui, J’aime parler de mon métier et les visiteurs me le rendent bien. Mes contacts avec les lecteurs me remplissent d’énergie. Les discussions sur tous les sujets abordés me stimulent et me provoquent, ce qui se traduit la plupart du temps dans mes écrits. 

     Je profite aussi de cette camaraderie que je retrouve dans les évènements littéraires avec les autres auteurs et les éditeurs du monde du livre. Cette collégialité me stimule énormément et brise cette solitude que l’auteur vit continuellement quand il écrit. 

Question 5 : Vous avez pris la décision de créer votre maison d’édition. Que s’est-il passé ? 

     Je dirais qu’il s’agit, pour moi, d’un cheminement normal. Ma carrière antérieure de 35 ans dans la fonction publique fédérale comportait de nombreux postes de direction. La gestion de projet demeure l’une de mes forces. Pourquoi ne pas utiliser mes apprentissages au cours de ces années dans le développement de ma carrière en assumant les fonctions d’éditrice? J’étais prête à voler de mes propres ailes. Pourquoi ne pas le faire, alors?

Question 6 : Peut-on s’attendre à ce que vous acceptiez bientôt des manuscrits d’autres auteurs  ? 

    Je ne sais pas. Mes derniers projets m’ont permis d’établir mon modèle d’affaires, les lignes éditoriales de la maison d’édition, les normes essentielles au travail d’édition. Mes projets d’écriture remplissent mon calendrier pour plusieurs années.

     Par la suite, je verrai où l’aventure m’amène.